Les Secrets de l'Olympe
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Les Secrets de l'Olympe

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 Anser 2.0

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Anser Curtiss
Héritier de Teumesse
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Héritier de Teumesse
Lun 3 Oct - 15:33

Anser Curtiss
"Les monstres véritables ne ressemblent pas à des monstres."


Informations générales


Âge :  Sa carte d'identité indique trente-deux ans, son visage donne l'impression qu'il se situe quelque part entre la trentaine et la quarantaine, et son âge réel reste indéterminé.
Groupe : Neutre
Race : Créature mythologique
Espèce : Monstre hybride d'un humain et de la renarde de Teumesse.
Parent Divin : //
Rang Personnalisé : Héritier de Teumesse (... avec un changement de couleur plus en raccord au thème ? Genre #003366 ?)

Arme : Celles que sa nature et son expérience lui confèrent.

Pouvoirs : Il alterne à son gré entre ses deux apparences. Sous sa forme animale, sa rapidité est phénoménale et son endurance particulièrement élevée ; cependant, même si rien ne semble pouvoir l'attraper, il ne prétend pas à l'infaillibilité absolue de sa mère, se sachant plus lent qu'elle. Sous forme humaine, il conserve une ouïe et un odorat extrêmement développés, la faculté de voir dans la pénombre, ainsi qu'une vitesse qui, bien qu'amoindrie, paraitraît toujours surnaturelle à des yeux humains. Jeune, il lui arrivait également de prendre une apparence à mi-chemin entre l'homme et le renard, souvent par mégarde: il s'agit probablement de la forme sous laquelle il est né.


Description mentale

"Trop renard pour être homme, trop homme pour être renard"

 C'est un excellent menteur. Rien de plus naturel si l'on considère qu'il lui serait impossible de vivre une existence humaine sans jouer de rôle : il est accoutumé aux noms d'emprunts, aux faux papiers et aux faux passés. Actuellement, il se nomme Anser Curtiss et est né d'un père anglais et d'une mère française. Il évoque sans peine sa famille et ses souvenirs d'enfances, si bien qu'aucun de ses proches ne peut lui reprocher d'être quelqu'un de secret ou de mystérieux à propos de ses origines. Peut-être cela l'aide-t-il aussi à mettre de la distance entre lui et les autres. Chaque nouveau nom, chaque nouvelle histoire, correspond à un personnage qu'il sait condamné à mourir après une ou deux décennie d'existence. Cela ne l'empêche pas de développer des liens sincères avec d'autres, mais il se contente de profiter du temps qu'il leur est accordé ensemble, puis de les quitter une fois que son âge officiel devient trop incohérent par rapport à son apparence physique : cette identité et les amitiés qu'il avait tissé avec s'effacent alors derrière lui, et une nouvelle existence débute. Il se considère ainsi comme un éternel voyageur dont chaque arrêt n'est jamais que momentané. Ce n'est qu'avec l'âge qu'il a réussis à acquérir un tel détachement : longtemps, ses départs et la perte de ceux qu'il aimait furent cause d'une souffrance immense, et il a acquit avec le temps un réflexe protecteur qui fait qu'il est rare qu'il se lie profondément avec autrui.

Il se refuse à trop ressasser ses souvenirs : si la mélancolie ne l'épargne pas et que le poids des morts pèse sur ses épaules, il ne veut pas vivre en étant tourné vers le passé. Ni vers l'avenir, à vrai dire, car l'espoir de vivre un jour au milieu d'autres immortels était bien trop douloureux à cultiver. Ce n'est que dans le présent qu'il puisse, en quelques occasions, se sentir bien. Peut-être cela a-t-il aussi un lien avec sa nature animale ? Un renard vit dans l'instant, sans penser ni à l'avant ni à l'après. Mais sa nature humaine fait qu'il ne peut se contenter éternellement d'une simple vie de chasse, de sommeil et de reproduction, tout comme sa nature monstrueuse l'empêche de pouvoir se contenter uniquement de viande animale.

Il apprécie les relations humaines, et pourtant, il ne peut se passer de proies de cette espèce. S'il a apprit à la maîtriser, sa soif de sang ne le quitte jamais vraiment, et ces chasses et ces repas lui procurent une jouissance sans comparaison – à vrai dire, c'est l'une des rares choses dont il ne s'est jamais lassé. Il ne se sent guère concerné par les questions morales et se sait dangereux. Cela ne signifie certes  pas qu'il jette son dévolu sur n'importe qui : peut-être à cause d'un coeur devenu trop humain avec l'âge et les expériences, il ne dévorerait pas quelqu'un avec qui il aurait tissé de réels liens affectifs, et ne pourrait non plus songer à s'attaquer à un enfant ou quelqu'un qu'il considèrerait encore trop jeune. Il a également du mal avec certains visages, lorsque leurs traits évoquent ceux de personnes qu'il a autrefois chéri. Toutefois, en dehors de cela, il est rarement arrêté par le moindre scrupule : quoiqu'il advienne, des proies restent des proies.

Son égoïsme et son opportunisme ne sont pas à remettre en doute et s'il se montre parfois bienveillant, il pourrait sans peine briser une confiance qu'on aurait placée en lui s'il juge que cela lui est profitable. La trahison lui est aussi familière que le mensonge, et s'il la pratique sans plaisir, nombreux sont ceux et celles qu'il n'a pas hésité à blesser pour ses intérêts. Cela ne signifie pas qu'il est dépourvu de tout honneur, mais il réserve sa loyauté à la personne qu'il jugera entièrement digne d'elle. Ce n'est qu'à de très rares occasions au cours de son existence qu'il se mit en réel danger pour d'autres ; mais aussi étrange que cela puisse paraître pour quelqu'un comme lui, le sentiment qu'il nourrissait alors envers eux frisait la dévotion totale.

L'homme-renard est quelqu'un de très sociable, même s'il ne donne pas toujours l'impression d'être facilement abordable. Après tout, la compagnie des autres est l'une des principales raisons pour lesquelles il emprunte de temps à autre une identité humaine. Il ne se rapproche toutefois que de ceux en qui il trouve un intérêt quelconque, et va rarement au-delà de la simple politesse avec les autres ; de même, il ne prend pas toujours la peine de dissimuler le mépris que beaucoup lui inspirent. L'"intérêt" en question n'est pas forcément exceptionnel, mais plutôt quelque chose qu'il trouve tout simplement agréable à partager : ainsi se trouvent par exemple parmi ses amis un comptable amateur de thé, une vieille femme qui excelle au jeu de go, et un électricien au goût prononcé pour le jazz. Et malgré ses mensonges sans failles, certaines de ses relations lui ont déjà confiés qu'ils avaient une impression étrange vis-à-vis de lui, comme s'il cachait quelque chose d'important. Quelqu'un qui lui était particulièrement proche alla jusqu'à lui dire un jour que même au beau milieu d'une discussion, il avait toujours l'air profondément seul.

A plusieurs reprises, on lui a fait remarquer son sang-froid qui semble à toute épreuve : peu de choses semble en effet pouvoir l'énerver ou le surprendre. Sans être nécessairement faux, ses sourires ne sont pas éclatants, et ses quelques rires souvent brefs. Il n'a pas de grands idéaux et observe beaucoup de choses et d'évènements de manière détachée. On pourrait le décrire comme quelqu'un de très mesuré qui, sans être apathique, ne part jamais dans de grands éclats. Il en allait très différemment quand il était jeune, et il a parfois l'impression que les millénaires ont émoussé l'intensité de ses sentiments. Difficile de croire aujourd'hui que fut un temps où il rayonnait de joie, se plaisait dans la malice, et tombait aisément dans de brûlantes colères. Sa jeunesse est désormais loin derrière lui, et la lassitude est devenue régulière compagne de ses journées.

Elle a rejoint la peur. Le monstre ne s'est jamais considéré comme étant particulièrement courageux, et n'a jamais hésité à fuir si la situation l'exigeait : il n'y a pour lui rien de honteux à privilégier sa propre conservation. Et comme cette dernière passe par le secret de son existence, il a toujours fuit comme la peste les autres créatures immortelles. Il ne tient pas à découvrir la réaction que susciterait la révélation de son existence, et sans doute le sort de sa mère l'a-t-il convaincu de se tenir à jamais éloigné des dieux.

Ainsi a-t-il choisit de conserver une position neutre dans les troubles qui agitent aujourd'hui l'Olympe, quand bien même les chamboulements qui pourraient en résulter l'intéressent au plus haut point.



Description physique


 On remarque aisément Anser dans une foule, principalement en raison de sa grande taille et de ses longs cheveux bruns ondulés, qu'il noue régulièrement en queue de cheval. Ses cheveux sont normalement plus clairs, mais il entretient cette teinture sombre avec soin. Le visage quelque peu anguleux, il n'a pas d'autres rides qu'un trait fin dans le coin intérieur de chaque oeil, et sa peau légèrement mâte reste très lisse. Il porte de temps à autre une paire de lunettes de repos à la monture noire et rectangulaire. Ses yeux rouges orangés – marrons si l'on est sujet au charme – voient dans la pénombre, mais à l'instar de ceux des autres renards, sont incapables de distinguer certaines couleurs, comme par exemple l'orange. Fumeur occasionnel, on le voit de temps en temps avec une cigarette en main, et il ne refuserait pas non plus un bon cigare.  De manière générale, il n'est pas déplaisant à regarder et n'a jamais eu la moindre difficulté à trouver de partenaire pendant sa période de chaleur.

Le temps n'a pas laissé son corps indemne. Quelques vieilles cicatrices parsèment ça et là ses bras, son dos, son torse, ses jambes : peu nombreuses si on considère le temps qu'il a vécu et son passé guerrier, elles sont pour la plupart relativement discrètes, à l'exception d'une marque de brûlure sur son omoplate gauche et d'une ligne qui parcourt toute la longueur de son avant-bras droit. Il justifie toute ces marques par un accident dans lequel ses parents auraient été tués et auquel il aurait miraculeusement survécu, ce qui coupe en général court à toute autres questions.

Ses mains sont dépourvues de la moindre ride, mais elles n'en sont pas moins marquées : ses paumes sont calleuses, principalement en raison des nombreux métiers manuels qu'il a pratiqué au fil du temps. Il continue d'ailleurs d'avoir de l'affection pour eux et déplore leur disparition progressive.

Il a une poigne de fer et sa musculature ne fait aucun doute, même s'il veille à ce que son corps reste relativement fin. Ayant du mal à supporter une trop longue inaction physique, il pratique régulièrement une multitude de sports ; il veille cependant toujours à contrôler ses capacités, afin que personne ne remarque sa vitesse et son temps de réaction surnaturel. Fort de nombreux siècles d'expériences, l'homme-renard est particulièrement redoutable au combat à mains nues et maîtrise le maniement de nombreuses armes. Mais sa démarche souple et ses gestes délicats expriment une élégance que sa carrure seule ne laisserait pas suggérer au premier abord.

Il donne l'impression de quelqu'un de très soigné : ses vêtements sont impeccables, ses chemises parfaitement repassées, et ses chaussures méticuleusement cirées. Chose qui peut paraître surprenante, il ne délègue aucune de ces tâches à une femme de ménage ou à un pressing, mais préfère s'en charger lui-même. Son habillement contraste d'ailleurs avec un de ses moyens de déplacement habituel : certains de ses collègues lui ont déjà fait part de leur amusement en l'apercevant pédaler sur un vélo alors qu'il portait un costume de grande marque. Il abhorre en effet les voitures et les transports en commun, et surtout leur odeur.

Renard, son pelage est d'un noir légèrement tacheté de roux par endroits, et sa taille est un peu plus imposante que celle qu'atteignent habituellement ses pairs.



Histoire


Je ne conserve de ma prime enfance que des souvenirs rares aux contours flous. Le temps a effacé le visage de mon père, et ma mémoire le résume désormais à une silhouette maigre sur le pas de la porte d'une chaumière, à la sensation d'une main passée avec douceur dans  ma fourrure, et à un air souvent fredonné. Je crois n'avoir jamais non plus oublié l'odeur de sa chair brûlée. J'ignore comment il en était venu à tisser une relation avec ma mère, mais lorsque des villageois découvrirent mon existence, il paya de sa vie cette union contre-nature. De cet épisode, je garde une cicatrice ainsi que le goût de la chair humaine, découverte avec celle ceux qui avaient incendié notre demeure.

Ma mère ne m'avait en effet jamais emmené chasser d'êtres humains. Je me souviens par bribes de nos longues virées nocturnes, de sa silhouette forte et rassurante, de nos jeux et de sa chaleur lorsque nous dormions l'un contre l'autre. Je me rappelle également que malgré mon envie de rester avec elle, elle finissait toujours par me ramener devant la porte de la chaumière où vivait mon père. Avec le recul, je pense qu'elle avait bien plus conscience que moi de ma nature hybride, et si à l'époque, je n'aspirai qu'à devenir comme elle,  je sais maintenant qu'un fossé nous séparais. Quand bien même elle ne serait pas morte, le monde des hommes aurait fini par m'attirer à lui.

De sa disparition, je ne garde qu'un grand vide.

J'ai souvent rêvé de pouvoir courir aux côtés de quelqu'un qui serait capable de me suivre, tout comme lorsque je chassai jeune avec ma mère. Quelqu'un qui me comprendrait, quelqu'un avec qui vivre, avec qui parcourir les siècles. Quelqu'un avec qui se battre sans avoir à dissimuler ses capacités et retenir sa force. Que n'aurais-je donné pour un frère, pour une soeur ! Ma vie aurait alors été bien différente. Mais sa mort m'a condamné à ne jamais avoir de semblables, et à travers les âges, je continue de courir en solitaire.

Lorsque mes parents décédèrent, je n'avais que haine et mépris vis-à-vis des hommes, que mon esprit associait non pas à l'image de mon père, mais à celle de ses meurtriers armés de flammes. Sans un regard en arrière, je m'enfonçai dans la vie sauvage, et sans doute vécu-je alors la période la plus simple et heureuse de mon existence. J'étais devenu renard et je m'épanouissais en tant que tel : ma vie n'était faite que de sommeil de chasse, et quand la période était venue, de reproduction. J'eus à plusieurs reprises des petits, pour lesquels j'avais beaucoup de tendresse, et ceux-ci ne montraient aucun signe d'anormalité, quand bien même certains paraissaient parfois un peu plus vifs et plus rapides que les autres. Je me plaisais à dévorer les chasseurs que je trouvais sur mon chemin, ayant conçu une haine particulière pour ceux qui assassinaient les miens.

Je crois qu'à l'époque, je n'avais pas conscience de ma longévité. Je voyais certes d'autres renards mourir de causes naturelles, mais je n'avais jamais réalisé que contrairement à eux, les maladies ne semblaient pas m'affecter et que mon corps gardait toujours la souplesse et la puissance de celui d'un jeune adulte. J'avais bien sûr conscience d'une certaine différence, mais celle-ci reposait surtout sur la lenteur phénoménale qu'ils semblaient partager avec tous les autres êtres que j'avais rencontré, et j'avais finis par accepter celle-ci sans me poser plus de questions.

J'ignore ainsi combien de temps s'est écoulé durant cette période et combien de lieues j'ai pu parcourir. Quoiqu'il en soit, cette douce époque prit fin le jour où la vie humaine me rappela à elle.

Il fredonnait le même air que m'avait maintes fois chanté mon père. C'était un humain qui vivait dans les montagnes, et ses notes réveillèrent en moi une douleur dont j'avais oublié l'existence, mais dont mon coeur se souvenait malgré lui. Je me rappelle avoir croisé son regard et j'ignore ce qu'il vit dans le mien, ainsi que tout de ce qu'il pu faire par la suite : seuls se sont gravés dans ma mémoire ses yeux à l'expression si étrange, si intense, qui me regardaient en semblant voir bien au-delà de moi. Un jour, peut-être le même, peut-être un autre, je me réveillais dans sa demeure, et mon corps avait reprit une forme à moitié humaine ; mais encore aujourd'hui, je serais bien incapable de me souvenir ou de comprendre pourquoi.

Gal, puisque tel était son nom, se mit en tête de m'éduquer. C'était un demi-dieu, encore qu'il ignorait de quelle divinité il était le fils : c'était une nymphe, disait-il, qui lui avait révélé sa vraie nature. Il m'en apprit beaucoup sur les dieux et le fonctionnement de ce monde, même si j'étais loin d'être un élève modèle. Ma notion du temps qui passait étant à l'époque bien peu développée, je ne peux avoir de certitudes, mais il me semble qu'il s'écoula bien plusieurs hivers avant que je ne consente à user pour la première fois de la parole : je comprenais alors ses mots depuis longtemps déjà, mais jamais jusqu'alors je n'avais eu la volonté de lui répondre. Il m'agaçait et m'ennuyait. Cependant, même après des semaines d'éloignement, mes pas me ramenaient invariablement au devant de sa porte : le souvenir trop persistant de son regard particulier m'empêchait de le quitter tout à fait. Avec le temps, mes départs s'espacèrent, et vint un moment où sa demeure devint également la mienne.

Renard, j'étais adulte, mais dans mon corps d'homme, j'avais l'apparence d'un enfant. C'était sans doute pour cela qu'il essayait de se comporter comme un père avec moi et qu'il refusait les avances qu'il m'arrivait de lui faire lors de mes périodes de reproduction. Sur de nombreux points, nous étions absolument incapable de nous comprendre : je méprisai ses règles, ses principes et sa morale, tandis qu'il faisait tout pour m'inculquer la façon de vivre et de penser des humains. Il semblait trouver que mes façons de raisonner étaient des aberrations et je ne saisissais rien aux siennes. La première fois que je lui racontai l'une de mes chasses, il fut horrifié en apprenant que la proie que j'avais dévoré était humaine et que cela m'était particulièrement coutumier. Je finis par lui raconter les souvenirs que j'avais de ma prime enfance et si ce n'était déjà fait, il prit pleinement conscience de ma nature de monstre.

Pourtant, il persista à me garder auprès de lui. Lorsqu'il ne tentait pas de me faire penser comme un homme, j'appréciai les moments que nous passions ensemble. Puisque je montrai de la curiosité plus ou moins manifeste pour ce genre de choses, il m'apprit à couper du bois, cuisiner, tirer à l'arc, cultiver la terre et préparer des remèdes. Avec le temps, certains de ses discours commencèrent à me paraître moins inintéressants que d'autres. De temps à autres, il chantait, et je ne pouvais alors que l'écouter avec le coeur troublé. A force d'insistance, je finis par accepter d'apprendre à lire et à écrire malgré l'ennui que cette tâche m'inspirait : ce fut sans doute le premier acte que j'accomplis dans l'unique but de faire plaisir à quelqu'un d'autre. Sans m'en rendre compte, je devenais chaque jour un peu moins renard et un peu plus humain.

Mon apparence physique prenait lentement de l'âge. Gal, quant à lui, vieillissait beaucoup plus vite, et me fit réaliser mon extraordinaire longévité. Sa jeunesse était déjà loin derrière lui quand je parvins à conserver une apparence entièrement humaine pour de longues durées. A quelques reprises, il me fit rencontrer d'autres êtres humains, et j'en vins même à apprécier l'un d'eux : un guerrier auprès de qui Gal avait autrefois combattu et qui voulu bien m'enseigner les rudiments de l'épée. Il était au courant de la véracité des mythes et mon père adoptif lui faisait croire que j'étais un demi-dieu, ce qui permit de justifier la vitesse surnaturelle que je ne parvenais pas encore à contrôler, encore moins dans un combat que dans notre vie quotidienne. C'est grâce à lui que j'apprenais pour la première fois à la dissimuler.

Mais un jour, Gal mourut. Ce fut aussi simple que cela. La veille, il vivait ; le lendemain, il ne vivait plus. Sa mort n'eut rien de bien spectaculaire : il était malade depuis un certain temps déjà et avait fini par s'éteindre dans la nuit. Avant cela, il me parla longuement. Sur son lit de mort, il m'enjoint tout d'abord à ne jamais révéler ma véritable identité à quiconque, à dissimuler à tout prix mes pouvoirs, et me conseilla la prudence vis-à-vis de la lenteur de mon vieillissement, qui paraîtrait étrange aux humains si jamais je désirais un jour essayer de vivre parmi eux. Cela, je le compris. La suite de son discours me parut en revanche obscure et embrumée par le délire de la fièvre. Il me parla de manière décousue des humains, des sentiments, de la beauté et de la laideur, de l'amour, de la mort, d'épisodes de sa vie, de la guerre et des combats, de la raison pour laquelle il avait jeté son épée, de la haine qu'il avait pour la fierté et l'honneur, de ce qu'il prédisait pour moi. Il s'excusa, aussi, en se demandant s'il avait fait le bon choix en m'enlevant à ma vie sauvage. Ce n'était pas la première fois qu'il abordait ce genre de sujets - encore que j'appris des choses qu'il ne m'avait jamais révélé -  mais comme toujours, j'étais bien loin d'être en capacité de comprendre tout ses propos.

J'étais sans doute le plus grand regret qu'il laissait derrière lui. A plusieurs reprises, il me demanda de le pardonner de m'abandonner ainsi. J'avais d'ailleurs bien du mal à saisir ce concept de pardon : soit il y avait rancune, soit il n'y en avait pas, et l'idée de changer de sentiments par simple volonté me paraissait absurde. En l’occurrence, je n'avais aucune haine envers lui : ce n'était qu'un humain et après tout, les humains finissaient tous par mourir.

Pourtant, quand il ne fut plus là, je fus profondément désoeuvré. J'errais autour de notre maison. Je cherchais à maintenir un quotidien qui sonnait désormais faux. J'accomplissais des tâches qui avaient rythmées ma vie pendant des décennies sans plus comprendre ce que j'avais pu aimer en elles et la raison pour laquelle j'avais persisté à les faire. Je le guettais à chaque instant, l'oreille tendue, cherchant à entendre sa respiration familière, le bruit de ses pas, des pages de livres qu'il ne cessait d'ordinaire de tourner. Il ne m'appelait pas et ne répondait pas à mes appels. Son regard étrange et beau ne se posait plus sur moi. Quand je revenais après des semaines de retour à la vie animale, il ne m'attendait pas, et ni sourire ni remontrances ne m’accueillaient ; rien que le vide et le silence.

Je finis par comprendre ce que la mort signifiait. Ce n'est qu'alors que je commençais à le pleurer, et bien des décennies passèrent avant que je ne parvienne à m'accoutumer à cette souffrance qui fut, quelque part, son dernier enseignement à mon égard. Pourquoi devait-il mourir si vite alors que je vivais si longtemps ? Cette question me suivit tout au long de mon existence, et pourtant, jamais je ne réussis à renoncer définitivement à côtoyer ces êtres éphémères, tout comme jamais l'expérience du deuil ne me fit remettre en question mon habitude de les dévorer.

Peut-être bien que si à l'époque, je fis le choix de la vie humaine, c'était parce que j'étais inconsciemment à la recherche d'un regard tel que le celui de Gal. Je finis par découvrir qu'il n'était pas le seul à avoir de tels yeux, mais que leur rareté était manifeste : je pourrais compter de telles rencontres sur les doigts d'une main. Étrangement, à chaque fois, je ne pouvais empêcher mon coeur de se dévouer entièrement à eux, et sans doute est-ce ce qui chez moi se rapproche le plus d'un sentiment d'amour passionné, encore que certains pourraient parler de fixation malsaine. De nos jours, je ne peux par exemple cesser de penser à une femme auprès de laquelle il m'a été donné de vivre entre le 19e et 20e siècle et - chose inestimable - que j'ai pu voir vieillir jusqu'à sa fin. Aurait-elle été reine, j'aurais été capable de mener toutes les guerres du monde en son nom, mais elle était simple et ne demanda jamais plus que ma présence à ses côtés. C'est à elle que je dédie et continuerai de dédier chaque note que je fais raisonner d'un instrument japonais que j'affectionne particulièrement et dont elle m'enseigna autrefois elle-même le maniement.

En omettant ces rencontres particulières, qui font surgir un sentiment toujours semblable et pourtant toujours différent en mon coeur, je fus un être particulièrement changeant. Les métiers que j'ai exercé sont innombrables et de siècles en siècles, mon caractère devenait tout autre. Je fus riche et pauvre, bourgeois et mendiant, érudit et paysan ; je travaillais dans la lumière et dans l'ombre, dans la tranquillité et le danger, dans l'ennui et dans l'enthousiasme ; j'appris des métiers d'art, d'artisanat, de commerce, de la terre, de la mer, des lettres, et surtout de la guerre ; je fus amant et je fus père ; je fus froid et chaleureux, apathique et colérique,  brutal et distingué, sarcastique et obséquieux. Souvent, je prenais certains traits de caractère par simple jeu, et je m'amusais à conserver ce rôle le temps d'une existence. D'autres fois, il s'agissait de mon réel caractère qui simplement évoluait au gré des expériences. Mais il arriva que les deux se confondent, et que ce qui n'était à l'origine que jeu d'acteur devienne partie intégrante de moi.

Je vécu, et avec le temps,  le sens des paroles qu'avaient prononcé mon père adoptif avant sa mort me sembla de moins en moins obscur.

A de nombreuses reprises, j'aimais. Le souvenir de ces gens qui comptèrent beaucoup pour moi s'efface avec les années, mais ne disparait jamais vraiment. Les plus récents sont évidemment souvent les plus vifs, aussi parce qu'ils deviennent rares : plus je prend de l'âge, moins je m'attache à d'autres avec intensité. Mon coeur, peut-être moins vivace, n'est plus aussi enclin qu'autrefois à se laisser attirer. Sachant qu'il a déjà tant vu, la lassitude y est sans doute pour quelque choses. Et qui sait si cette souffrance réveillée par Gal et renforcée par d'autres n'y a pas elle aussi son rôle ?

Je ne pourrais cependant pas me prétendre détaché au point d'y être entièrement immunisé. Il y a peu, mon coeur s'était incliné pour un homme. Il était jeune et inconscient sur bien des points, mais il avait de l'esprit et son réel talent musical ne faisait aucun doute. Toutefois, sa vie ne fut pas longue : lors de la Seconde Guerre Mondiale, il rejoint les rangs de l'armée américaine, en vertu d'un patriotisme  que je ne saurais jamais comprendre, et quelques années plus tard,  sa soeur m'annonça sa mort. Je n'avais jamais cru en son retour, et ce fut simplement pour moi la confirmation d'un deuil que je portais déjà.

Sans en être amoureux, je l'aimais. C'était différent pour lui, et son regard me le rappelait jour après jour. Mais il savait que quelqu'un occupait déjà dans mon coeur cette place qu'il aurait voulu sienne, et avait choisit de se contenter de ce que je pouvais lui offrir, le temps que je pourrais le lui offrir – car je ne lui avais pas non plus caché que je partirais un jour. Pourtant, c'est finalement lui qui est parti avant moi.

Peut-être était-ce l'âge ? Je n'avais jamais eu la folie de garder des objets ayant appartenus à ceux que j'avais aimé et perdu, et pourtant, je n'ai pas refusé sa plaque d'identification militaire quand sa soeur, qui était au courant de nos relations, me l'a offerte. C'était peut-être ma façon de m'excuser envers lui, pour avoir eu l'égoïsme d'être rentré et resté dans sa vie.

Finalement, c'était sans doute l'âge. La journée qui suivit l'annonce de sa mort, les traits de mon visage semblèrent prendre brusquement quelques années.

Après près d'une décennie de doux retour à la vie animale, je repris un nom et une apparence humaine. Les années s'écoulèrent sans incident majeur : je vivais principalement dans de paisibles campagnes, à renouer avec les métiers de la terre. Aujourd'hui, cependant, je me suis installé dans une petite ville de France, seul dans un grand appartement, et j'enseigne le grec ancien en faculté. Étant donné la lutte de pouvoir qui agite aujourd'hui l'Olympe, le choix de la ville n'est évidemment pas hasardeux et s'est fait dans l'espoir que l'agitation ambiante me détourne de l'ennui qui me ronge.

De temps en temps, je me laisse aller à la faiblesse, et des silhouettes familières hantent mes esquisses et mes peintures. Parfois, je me demande également comment j'ai pu survivre aussi longtemps. Loin de moi l'idée de mourir, bien sûr : la mort me terrifie, et j'aime ma vie paisible. Cependant, je sais qu'encore une fois, elle ne durera que le temps d'une identité.

Je me satisfais de cette existence, c'est vrai. Mais pour combien de temps encore ?



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Comment as-tu trouvé le forum ? :  Non, vraiment, super beau.
Comment le trouves-tu ? : Mon chat est l'être le plus adorable du monde. De mon monde, en tout cas.
Un petit mot pour la fin ? :  Je l'aime. Mais vous savez, je vous aime bien aussi.
(... En vrai, j'ai uuuuuuuun peu la flemme de relire le règlement... J'ai déjà tout relu avant de faire cette fiche, j'ai juste pas noté les machins à dire ? Et j'ai stalké tous les changements fait depuis mon inscription fort lointaine ? Et j'ai même fait l'effort d'écrire le physique avec des phrases et des paragraphes parce que Hadès aime pas sinon ! ... siouplait ;; )
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Erèbe
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Visage moqueur des Ténèbres
Lun 10 Oct - 14:12

Tout est bon ici, je change de place la fiche et j'archive l'ancienne !

Amuse toi bien avec Anser v2 ! (et cet ava *_*)

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tu veux jouer avec tonton Erèbe ?:
 
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